Litiges fonciers : l’interminable « guerre » des David contre Goliath

La semaine du 23 février dernier, de habitants de certaines zones de Ndogpassi Village ont été dépossédés de leurs terres par des inconnus, sans aucune raison solide. Ce sont encore quelques 200 familles qui se sont retrouvées du jour au lendemain sans toit, parce qu’expropriées. La question de l’expropriation est récurrente. Comment la gérer quand elle se présente ?

Tout commence dans la matinée du 18 février lorsque les populations de Ndogpassi III se réveillent et retrouvent leurs domiciles balisés. Plusieurs écriteaux les invitant à déguerpir ou leur rappelant qu’ils sont sur un terrain privé, leur font face. Quelques jours plus tard, c’est une horde massive de militaires et gendarmes accompagnés d’engins destructeurs qui les ont sommé avant de passer irrévocablement aux destructions de maison. Une situation intenable pour plusieurs personnes. Cette situation n’est pas la première et les cas d’expropriation de cette envergure sont légions dans le pays. Feumba Jean, 64 ans, retraité déguerpi de la zone Maétur à Bonaberi en 2014 fait parti des victimes de ce type d’expropriation. Il se souvient encore : « Quand tu débarques dans un lieu ; tu y vis et vieillis et du jour au lendemain, on ne sait qui ni pourquoi, vient te faire partir. C’est horrible et injuste ».

Tafom Dagobert, cultivateur quinquagénaire dans la zone de PK 16, lui également s’est fait expulser des terres qu’il a acquises en 1999 de manière légale. Son champ de manioc a simplement été détruit par les pelleteuses. Son vis-à-vis, un avocat ambitieux d’y construire une résidence à titre privé. Ce dernier lui aurait brandit des documents attestant qu’il est le légal acquéreur des 2 hectares qu’occupait naguère Dagobert. « Il est venu me présenter des papiers datant de 2011 en disant que moi j’ai un faux titre foncier et que je me suis fait berner par les autochtones bassa qui m’ont vendu ce terrain… », relate Dagobert.

En général, ceux qui se font chasser de leurs terres, reçoivent des subsides financiers ou matériels, surtout lorsque la raison d’Etat le justifie. Pour des constructions de voies ou d’allongement de boulevards, des victimes ont bien souvent été dédommagées. Toutefois, à Yaoundé entre 2012 et 2013 l’on se souvient encore que Tsimi Evouna, délégué du Gouvernement auprès de la Communauté Urbaine de Yaoundé, avait ravagé des maisons de plusieurs dizaines de famille sans aucun remords. Bien qu’il eût affirmé à cette époque avoir trouvé des lotissements pour « ses » victimes, plusieurs s’étaient retrouvés dans la rue.

Une lutte à issue certaine

Cependant, lorsque le litige concerne deux parties civiles, le choc supposé être de titans se transforme fort hélas en combat de David contre Goliath, avec la victoire de ce dernier. « Quand nous les responsables du quartier, on s’est réuni pour porter plainte contre l’adversaire, on savait qu’on allait perdre parce que c’est une entreprise et ils ont les moyens […] ». Défaitisme ou réalisme, Maître Soptcheu, avocat laisse quant à lui, comprendre que tout est une question de jurisprudence. D’après lui, ce ne sont pas les dires ou les lamentations des uns et des autres ou encore moins une question d’argent qui sanctionne un conflit, mais des preuves qui appuient les faits. « Si l’une des parties disposent d’éléments solides pendant sa plaidoirie, il n’est que normal qu’elle gagne, fusse-t-elle fortunée ou non. C’est cela même la justice », affirme fermement l’avocat.

Du côté des victimes, tout tient en un seul mot : l’argent. « Ils sont riches. Ils ont de l’argent et ils peuvent se permettre de déposséder les innocents ou de corrompre le juge », clame Gabriel, 34 ans, déguerpi de Ndogpassi. D’après plusieurs dires, ces individus venus leur déguerpir d’un espace qu’ils occupaient depuis fort longtemps avec l’appui de militaires, tient lieu d’une conspiration. « Ils s’entendent avec les gars de l’immobilier pour venir nous chasser parce qu’ils veulent construire sur nos terrains », s’emporte Gabriel. La politique des moyens mise en place justifierait-elle les moyens de cette politique ? La réponse est plutôt la négative si on en croit Emile Elio promoteur d’agence immobilière et consultant web. « Il n’est aucune entente de cette sorte. A Lamudi.cm, étant donné qu’on traite avec des agents immobiliers légaux, on ne saurait déposséder des gens de chez-eux. De plus, nous sommes un facilitateur dans les transactions et non commerçants », fait-il savoir.

Alors comment gérer ? Les litiges fonciers sont multiples et Marie Ongang, du service de cadastre de Yaoundé laisse une remarque pertinente : « Cessez de vous faire berner. Nous sommes au 21e siècle ! Acheter un terrain par accord verbal sans inclusion d’autorité compétente, notamment des services du cadastre, ni d’avocats, ne pourra que conduire à ce type de drame ! » Lorsque les recours en justice sont entrepris et que les maisons ont déjà été démolies, il ne reste souvent que la solidarité. « En attendant que les choses changent, je vis chez mon oncle à Brazzaville. Les choses que j’ai pu sauver, je les ai gardées chez des amis », relate Gabriel. Si pour certains, la solution est vite trouvée, pour d’autres comme Jean, c’est le difficile retour à la case départ. « J’ai été obligé de recommencer tout depuis l’étape zéro. A mon âge, retraité avec 6 enfants vous croyez que c’est facile ? » La question est bien posée et la réalité perdure en attendant une implication musclée des pouvoirs publics.

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Gaspard Frère

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